Entre le président sénégalais Diomaye Faye et son premier-ministre Ousmane Sonko, les relations ne tenaient plus que sur la cordialité et les calculs politiques. Des dissensions profondes étaient apparues sur plusieurs sujets cruciaux, notamment la révision du code électorale, la volonté de Diomaye de s’affranchir de la tutelle politique de Sonko et son obsession pour le second mandat. Mais vendredi, lors du passage du premier-ministre à l’assemblée nationale, la question des fonds secrets à fini par casser la corde raide qui reliait encore, tant bien que mal, les deux hommes. Retour sur cette gestion du pouvoir sur fond des tensions politiques.
Lorsque les sénégalais ont élu Bassirou Diomaye Faye, c’était sur la base d’un tandem dénommé » Sonko mooy Diomaye, Diomaye mooy Sonko », c’est-à-dire Sonkoc’ est Diomaye et Diomaye c’est Sonko. Les affiches de campagne de Diomaye étaient m’étaient en exergue les photos des deux hommes.
Cette stratégie pensée par le Pastef à permis de faire sortir de l’ombre le candidat de substitution qu’était Bassirou Diomaye Faye, peu connu des sénégalais qui ne jurent que par Sonko. Finalement, le Pastef est arrivé au pouvoir et le président élu pouvait reconnaissant lâcher : » J’ai mis des dizaines d’années à faire de lui -Sonko- président sans y parvenir mais, en dix jours, il a fait de moi président ». Mais qu’ est-ce qui a changé au point où Bassirou Diomaye Faye cherche à neutraliser celui que lui-même a plébiscité comme le meilleur premier-ministre du Sénégal ?
En devenant président parce que Sonko l’avait désigné, Diomaye Faye était sensé faire un mandat et passer le relais à Sonko, candidat naturel du Pastef et chouchou du peuple sénégalais. Mais, une fois assis sur le moelleux fauteuil présidentiel, le président de substitution, comme l’a nommé le député Guy-Marius Sagna, Diomaye a pris un virage vertigineux : il a renié son engagement à rendre l’ascenseur à Ousmane Sonko. Il s’est mis à baliser le chemin pour un second mandat. C’est là, le vrai fond de la distance politique qui a détérioré les relations entre Sonko et son lieutenant devenu chef de l’Etat.
D’abord, Diomaye Faye a commencé par démissionner de son poste de secrétaire général du parti Pastef alors que rien ne l’y obligeait et a aussitôt fait de l’obstruction en s’appropriant la plate-forme électorale nommée » Diomaye Président » qui n’était sensé juste pour soutenir sa campagne électorale. » Si Diomaye a pris ce chemin tortueux, c’est parce qu’il a voulu se faire la légitimité populaire qu’il n’a pas et sortir de l’ombre de Sonko », soutient PA Moussa Sow, chroniqueur politique très en vue au Sénégal. Et du tandem de passer au duel !
Depuis lors, le décor était planté pour crisper les relations entre le Premier-ministre et son président. Face à la stratégie de ce dernier d’ affaiblir voire d’humilier Sonko pour numéro 1 sur l’échiquier politique sénégalais, le Pastef a fait bloc autour de son leader. D’ailleurs, inspiré par les trahisons politiques qu’il a eu à subir dans sa carrière politique, Sonko, après avoir fait élire Diomaye Faye comme président, est allé aux législatives sous la bannière de son parti et à remporté une écrasante majorité à l’assemblée nationale, laquelle majorité fait techniquement de lui le leader de la majorité au pouvoir. Sonko n’était plus dès lors un simple premier-ministre mais le puissant patron du parti au pouvoir.
C’est donc dans ce contexte de choc des ambitions que les deux hommes ont posé des actes et mené des actions qui, politiquement, ont, chaque jour, creusé le fossé qui les a conduits à la rupture. Il sied de dire que les sénégalais assistaient depuis plusieurs mois à la surenchère politique. Entre les actes par procuration que le président posaient contre son premier-ministre, ce dernier lui rendait systématiquement les coups. Mais vendredi dernier, en choisissant de répondre au président sur la question des fonds secrets, Ousmane Sonko l’a éclaboussé et poussé à la faute. Car, la décision de Diomaye de limoger Sonko est vue par les sénégalais comme un acte de trahison.
Sur de son coup de génie politique, Sonko a quitté le petit palais, résidence de fonction du premier-ministre, juste une heure après l’annonce à la télévision nationale de son limogeage avec ces mots : ‘Alhamdoulillah! Ce soir j’irai dormir à la cité Keur Gorgui le cœur léger’ ‘. Des mots que les sénégalais ont repris en chœur et ont fait qu’ il soit porté en triomphe lors de ce retour devenu historique à sa résidence de la cité Keur Gorgui.
Désormais donc, les ex-alliés vont s’affronter sans masque et ce duel risque d’être mortel moralement s’entend pour l’un comme pour l’autre. Mais au compteur de la popularité, Sonko écrase Diomaye qui aura du mal à s’offrir une légitimité populaire, lui qui, avant d’être élu président, n’avait jamais gagné un combat électoral, même pour les élections locales.
Mohamed Mboyo Ey’ekula